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PHILIPPE BOISNARD

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1er chapitre d'un roman en cours.
vidéo et son : Philippe Boisnard


Regarder son corps, je regarde mon corps.
Tu ne vois pas mon corps.
Je n'ai pas de notion du temps. Je regarde dans ce moment indéfinissable mon corps.
L'eau coule sur celui-ci. Sur la peau que je vois pâle, blanche sous le néon blanc : eau + peau. En dessous la faïence blanche.
Je regarde mon corps, tête penchée, sans rêverie, je le vois tel qu'il se présente, pensée translucide, peu appétissant, ma tête penchée en surplomb, corps un peu maigre et pourtant gras. Je le regarde et ne peux faire autrement que de voir ma main s'attarder sur le sexe. L'eau est transparente, le corps quasi invisible dans la pensée sans couleur qui s'attarde en sa lisière. Le sexe : mou, fripé, l'eau dégoulinant dessus, long, flasque, sexe  biscornu, dont les doigts étirent la peau. Une veine sombre sur toute  la longueur, côté gauche.
Regarder son corps, est ce que cela vous dit ? Qu'est-ce qui se passe là dans le corps regardé, balayé par l'eau qui chute libre tout le long. Je regarde mon corps, ce n'est pas regarder celui d'un autre. Depuis longtemps ne pas avoir vu un autre corps nu face à moi.  L'autre corps, ne pas y penser, mais savoir qu'il est là aussi, dans  le fait de regarder mon corps, qu'il est là, oui comme autre  possible. Personne avec moi sous cette douche, personne à regarder,  personne entre mon regard et mes mains qui caressent mon sexe, mon  sexe qui durcit, qui durcit parce que je pense à quelqu'un d'autre, à  sa possibilité, à la possibilité que je puisse le regarder, ou la  regarder, que je puisse le ou la désirer, que je puisse caresser ses  hanches sa poitrine ou ses seins, qu'il puisse de sa main enserrer  mon sexe qui se durcit entre ses doigts, que je puisse mettre ma main  entre ses cuisses, qu'il ou qu'elle puisse se coller à moi, écraser  sa poitrine contre ma poitrine, qu'il puisse ou qu'elle puisse mettre  sa langue dans ma bouche. Je bande parce que je pense à quelqu'un  d'autre, quelqu'un d'autre qui regarderait mon corps, qui regarderait  mes mains enserrer mon sexe, qui me regarderait, il ou elle, me 
masturber, qui me masturberait alors que je la ou le regarde me toucher.
Mais mon corps est seul, sous l'eau, surface de gouttes.
Mes doigts s'agitent, le gland sombre est décalotté ; mon corps seul  avec son sexe dur, et mon regard qui observe tout cela. Je regarde  mon corps, l'avant bras en levier de mouvement entraînant la main,  lui faisant accomplir un mouvement de monter descente simulant un in-out in-out, mouvement vertical le long de la hampe dure. Je regarde mon corps et mon corps me fait face, droit, excité, et  dans le regard des silhouettes, pensées ? idées ? images ? peu  importes, des silhouettes étant là, des gros plans venant immergés la  vue de mon corps, pubis rasé, cuisse humide, petites lèvres gonflées  qui débordent les grandes lèvres, des gros plans dans les yeux venant  recouvrir la présence de mon corps, donnant un autre accès à lui. Mon  corps devenant intérieur à mon regard.
Je regarde mon corps et je ne sens plus la solitude, je ne sens plus  l'absence de l'autre, même dans la frustration de ne voir que ma main  branler mon sexe.


Philippe Boisnard

Vient de sortir Pancake aux éditions Hermaphrodite
> http://www.rezolibre.com/librairie/detail.php?article=1163

et de publier dans l'ouvrage collectif sur les élections :
Avril-22, ceux qui préfèrent ne pas, sous la direction d'Alain 
Jugnon, éditions Le Grand souffle.
> http://www.rezolibre.com/librairie/detail.php?article=1180

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