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PHOTOBIOGRAPHIES, 2007
-Textimages -

 


> Editions Hors Commerce
> D'autres extraits sur le site de Claire

[Presse]

+ Patrick Besson dans MARIANNE N°527
+ François Billy dans LE DAUPHINE LIBERE
+ Laurie Chiara dans le PCA HEBDO
+ Nicole Laffont dans NICE-MATIN

+ Arnaud Genon dans PARUTIONS.COM

En décembre 2002, j'ai investi dans un petit appareil, le Konica e-mini, un jouet en réalité.
Les photos qu'il produit (300000 pixels) sont plus proches du dessin d'enfant tant les couleurs sont déchirées par la lumière et les aberrations. Mais sa petite taille présente l'avantage de pouvoir saisir des clichés impunément dans n'importe quelle situation et dans des angles de vue impossibles. J'avais davantage l'impression de prendre les photos avec la main qu'avec l'oeil, le viseur était d'ailleurs totalement inutilisable. J'ai rapidement compris que cet appareil dont personne ne voulait et qui suscitait parfois la moquerie était pour moi une trouvaille, le moyen, dans la contrainte absolue, libéré de la "qualité" de l'image de revenir à une démarche photographique pure. Je décidai alors de l'amener partout avec moi et de le remplir une fois par jour (l'appareil pouvait contenir 26 images) même les jours de grands vides. Acheter le pain devint une expédition, une véritable école du regard.
Deux ans et demi plus tard, j'avais pris 25000 clichés dont je ne savais que faire. C'est alors que Claire est entrée dans l'arène, elle s'est procurée le même appareil et les textes ont commencé à fleurir. Une image, un texte, une image, un texte. 44 textimages en tout, Photobiographies.

 

 

 

 

 

Hôtel Suisse, Nice.

J'ai fait le compte. Sur environ trente mille clichés pris avec cet étrange appareil, mille sont consacrés à des autoportraits, soit une proportion qui me laisse penser que lorsqu'il n'y a plus rien à photographier, j'ai une tendance, fâcheuse peut-être, à tourner l'objectif vers moi.
C'était un 23 mars. J'ai reçu le matin une lettre non oblitérée de Claire : « Rendez-vous dans la chambre 13 de l'hôtel Suisse à 14 heures. Prenez votre Canon  ». L'hôtel Suisse nous faisait rêver depuis longtemps. Niché au pied de la Colline du château entre le Quai des Etats-Unis et Rauba Capeu, il offre une vue de carte postale sur toute la Baie des Anges entre bleu de la mer et bleu du ciel. Claire se plaignait souvent du fait que ce type d'établissement ne profite qu'aux touristes, aux « bicolores » disait-elle parce que leurs coups de soleil localisés les font ressembler à des drapeaux rouges et blancs fixés sur des sandales. Elle parlait souvent de conquérir ces lieux profanés sans que jusque là ses menaces ne soient suivies d'effets. L'idée de passer une nuit dans un hôtel de Nice alors même que nous habitions la ville me séduisait. Mais alors que je me serais contenté de cela, Claire y avait ajouté un autre enjeu. Quand je suis entré dans la chambre, j'ai trouvé Claire nue sur le lit dans une pose que son visage contredisait de manière poignante. Elle me dit fiévreusement : « Pose ton appareil face au lit. » Pendant que je dépliais mon trépied, je repensais au jour où je lui avais demandé de poser pour moi. Cette requête lui avait fait l'effet d'un viol. Elle avait réagi avec une violence que je mis du temps à décrypter. Les conclusions me dictèrent de ne plus jamais remettre mes pieds sur ce terrain-là. Pendant ce temps, l'idée avait fait son chemin dans sa tête jusqu'à l'étendre nue sur un lit, face à l'objectif, dans une des plus jolies chambres de l'hôtel Suisse. Tout était en place, il ne restait plus qu'à déclencher une première fois pour ouvrir la séance. Je pris le déclencheur souple entre mes doigts et brutalement, elle tira le couvre-lit, se recroquevilla puis se mit à pleurer. Je réalisai alors l'effort que lui avait demandé cette mise en scène. Je la pris dans mes bras et elle sanglota sur mon épaule : «  Je voulais vraiment t'offrir cette séance. Je te jure que je voulais vraiment. » Je compris en entendant ces mots que je n'y tenais pas plus que cela. Je pensai sur l'instant que j'échangerais bien toutes les séances de nu du monde contre une photo d'elle en train de pleurer et tout à la fois cette idée me débectait. Après quelques instants, Claire se rhabilla, s'assit sur le bord du lit, les jambes repliées sur sa poitrine et se perdit dans le panorama. Lorsque je me suis retourné, j'ai vu toute la scène : l'appareil orphelin perché sur son trépied, la bouteille de bordeaux en attente sur la table, dans le miroir Claire assise sur le bord du lit et moi plein centre. Il ne me restait plus qu'à poser pour moi.