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LAURENT HERROU | Service Compris




Tu es un gros connard, tu travailles à la pizzeria sous les arcades du port de Nice, tu en es soit le patron, soit l'un des cuisiniers qui font à la fois la pâte à pizza et le service quand il y a foule, tu as du bide, ton nombril ignoble apparaît à travers ton tee-shirt blanc taché, tu ressembles aux Monstres de Risi -pourtant c'est chez toi que l'on a envie de dîner ce soir, même si c'est l'été, même si c'est plein de touristes que tu dois arnaquer, même si tu craches dans le verre des Allemands, parce que depuis la guerre, tu ne t'en es pas remis… Tu es moche, tu nous proposes une table sans nous adresser la parole, c'est un ordre du bras, tu aurais été bien toi, pendant la guerre, à exercer ton petit pouvoir de petit con, seulement moi je te demande une autre table, moins touristique, que tu me concèdes, mais c'est à ce moment-là, admets-le, que tu as décidé de me faire chier, hein? Parce que je parlais français, parce que j'étais habillé normalement et non pas en short comme ces touristes que tu détestes et dont tu encaisses le fric sans aucun scrupule. Parce qu'il fallait que tu t'en payes un ce soir et que j'avais résisté à ton commandement, parce que j'avais exprimé une opinion -cette table au lieu de celle-là. A côté de nous, il y avait deux vieux Niçois qui te tutoyaient, je suppose que c'était des habitués, comme on aurait pu le devenir. Tu leur as apporté leurs pizzas, tu nous avais donné les cartes en nous installant, on avait vite fait notre choix, tu as croisé mon regard, tu aurais pu nous écouter, ça aurait pris trente secondes (deux napolitaines et un demi rouge), au lieu de cela tu as tourné le dos, on ne t'a jamais revu. Les vieux Niçois, ça ne les faisait même pas marrer que nous ne soyons toujours pas servis alors qu'ils terminaient leur repas. L'habitude sans doute. Jean-Pierre n'a pas voulu que je fasse d'esclandre, je pensais attirer ton attention en balançant un verre sur l'une des arcades, le verre brisé sur la tête de ta clientèle ça t'aurait peut-être fait bouger ton gros cul de sale con. J'ai dit : on s'en va alors. On est rentré à la maison, je n'avais plus envie de dîner dehors, tu as réussi ton coup, je n'ai pas passé une bonne soirée. Seulement j'ai les mots à mon service, et crois-moi, pauvre type, là, maintenant, je me régale.

 

 

 

 

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