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PATRICK JOQUEL | Déambulations (extraits)


*

Bien sûr
La communication bien sûr
La convivialité bien sûr
Le collectif budgétaire bien sûr
La mondialisation bien sûr
La pensée unique bien sûr

Bien sûr
Il faut gérer les intervalles
Tendre vers l'asymptote de la prise de notes
Pratiquer la fongibilité asymétrique
Ne pas hésiter à rétro-agir
A surfer sur le zapping
A intégrer

Justement
L'intégration des différences
« Mais la peur ! clame un politicien fracturé, la peur des odeurs de l'autre ! »
Bien sûr l'autre bien sûr

Est-il humainement correct de s'étonner qu'on ferme une usine aussi facilement qu'une frontière
?
Est-il économiquement correct de suspendre un hamac entre deux oliviers plutôt qu'aux indices Nikkei et Dow Jones
?
Est-il socialement correct d'affirmer que l'avenir se conjugue au métissage
?
Est-il poétiquement correct de donner sa langue au chat de la mère Michel plutôt qu'au félin noir d'un professeur de haute chaire
?
Est-il médiatiquement correct de préférer le chant des crapauds à celui des sirènes
?
Est-il politiquement correct d'écrire tout cela
?

J'écris avec les rumeurs du monde :  

Aux derniers relevés satellites l'Everest a perdu deux mètres, le mont Blanc en a gagné trois.

Et tout entier dans son silence. Simplement attentif aux présents qu'offre ce pays.

Je cherche la joie du monde.

Je ne suis jamais entré dans la bibliothèque de Sarajevo ni dans celles de Kaboul ou de Bagdad. Je n'ai jamais vu New York du haut des deux jumelles. Je n'ai jamais mis les pieds, ni les mains, au Rwanda. Jamais touché les pierres de Gaza ni les arbres d'Haïfa. Pourtant. Quand je conduis. J'entends les voix des témoins se mélanger à celles de ma rue.

Quand je lis le journal. Mes doigts se crispent. Mon cœur se froisse. Et l'écran de la télévision marque mon regard. Les images se superposent. De mon balcon je vois passer les avions. J'entends les cris des hommes.

Que voulez-vous ?

Je ne suis pas un héros. Non. Je ne suis qu'un homme au quotidien. En prise avec son histoire.

Je vis. Dans mon village. Des jours multicolores. Des jours que l'histoire avec son grand H majuscule oublie. Je ne suis pas le seul à vivre ainsi sur la terre.

Ecrire n'est pas fuir. A moins de vivre en ermite. Coupé de tout moyen de communication. Comment fuir cette incessante conjugaison du monde
?

Ils font la guerre.
Ici et là.

Elles ont congelé leurs embryons
A moins 196° !

Vous avez redressé la Tour de Pise
De 45 cm !

Nous changerons, nous avons changé, nous changeons, de monnaie
Le 1 janvier 2002

On croit plus ou moins en un dieu.
En existe-t-il un de vraiment bon ?

Il vient d'entrer en éruption !
Evacuation des populations !

Elle voyage en montgolfière :
C'est mieux pour l'effet de serre !

Tu es au chômage…
Mon chéri, y'a pas d'âge !

« Je viens de dire exit
A mon appendicite »
T'écrit électroniquement Alexandre.

Ecrire. Cela se construit. Avec les soucis du jour. Avec les routines quotidiennes. La famille. Et les courses. Et le ménage. Et la cuisine. Et le linge. Et les infos. Les amis. Le boulot. La marche. La nage. Et le cinéma. Le livre. Et la sieste. Ecrire…
« Pouvez-vous définir ce que signifie pour vous écrire ? » me demande-t-on souvent…
Je ne sais pas : j'écris.

Monologue
?
Peut-on vraiment être seul dans l'écriture
?
Dialogue alors
?
Peut-on vraiment rencontrer son hypothétique lecteur, Charles
?
Exploration de la langue
?
Je ne suis pas docteur 
!
Utilisation du langage pour tâtonner le monde
?
Comme si écrire s'apparentait au voyage…

Ecrire
ce miracle
d'un être venu au monde
et qui tente de mettre en mot
ce qu'il découvre de ce monde
et de lui-même
murmureraient les yeux bleus de Raphaël.

Ecrire
et quoi d'autre encore ?
dirait Jean-Marie.

Ecrire
ce n'est jamais que remuer de la nuit
Soulignerait de noir Alain.

Ecrire
une aventure singulière
qu'on partage après coup
comme un marin
accoudé au comptoir du port
et qui permettrait
sans dire un seul mot
qu'on lise un fragment
de son journal de bord
trinquerait Yves.

 

Ecrire
nu(e)
Sourirait Béatrice

Ecrire 
Une question de mots
De langue
Chuchoterait Claude

Ecrire
Crois-tu qu'il existe encore un seul lecteur
Sourirait Sophie

Ecrire ?
Patrick, n'en fais pas une tartine !
Rirait Jacqueline

- Monologue
?
- Peut-on vraiment être seul dans l'écriture
?
- Dialogue alors
?
- Peut-on vraiment rencontrer son hypothétique lecteur, Charles
?
- Exploration de la langue
?
- Je ne suis pas docteur 
!
- Utilisation du langage pour tâtonner le monde
?
- Comme si écrire s'apparentait au voyage…

- Ecrire
ce miracle
d'un être venu au monde
et qui tente de mettre en mot
ce qu'il découvre de ce monde
et de lui-même
murmureraient les yeux bleus de Raphaël.

- Ecrire
et quoi d'autre encore ?
dirait de sa blue voice, Jean-Marie.

- Ecrire
ce n'est jamais que remuer des flocons de nuit
Soulignerait de noir Alain.

- Ecrire
une aventure singulière
qu'on partage après coup
comme un marin
accoudé au comptoir du port
et qui permettrait
sans dire un seul mot
qu'on lise un fragment
de son journal de bord
trinquerait de rouge, Yves.

- Ecrire
nu(e)
Sourirait Béatrice

- Ecrire 
Une question de mots
De langue
Chuchoterait Claude

- Ecrire
Crois-tu qu'il existe encore un seul lecteur
Pirouetterait cacahuète Sophie

- Ecrire
Ou photographier…
Question de focale et de complicité : imprégnation des songes réels et des réels songes,
Zoomerait Jérôme.

- Ecrire ?
Patrick, n'en fais pas une tartine !
Rirait Jacqueline

Les mots ne disent pas tout des heures solitaires. Ils laissent juste entrevoir. Deviner. Imaginer. Certains y trouvent un écho à leurs préoccupations. A leurs désirs. Tant il est vrai que nos vies se ressemblent toutes.

 

 

*2*

Un homme habillé de blanc marche dans la rue. En silence. Il a traversé mon champ de vision. Comme il traverse le texte. En lui donnant ce bref éclat blanc. Une vie qui passe.

Un autre texte aurait pu commencer par ces mots :
Un homme habillé de blanc marche dans la rue

Commencer. Rien n'est plus facile. Tenir. C'est autre chose.

Cet homme-là n'a qu'une infime chance de se reconnaître ici.

Ecrire. C'est aussi cela. Se saisir d'un instant et le prolonger. Grâce à quelques mots.

Il repasse. Dans l'autre sens. Cette fois-ci nos regards se croisent. Je pourrais croire que la parole écrite l'a appelé. J'écris et le monde apparaît.

Je ne suis pas dupe. Mais il est vrai qu'écrire c'est aussi cela. Appeler à l'existence. Donner vie. A quel imaginaire ?
A quoi ?
A qui ?

Au fil des mots j'arrive au bas de la deuxième page de mon cahier de brouillon. Le sommeil gagne mon corps. Engourdit la main. Il allume ses multiples signaux. Je ne lutterai pas contre cet appel.

Ecrire est certainement un acte physique.

*

Plus un lieu public sans caméra. Sourions nous sommes filmés. Sourions mais pas trop. Trop sourire alerterait le jaugeur d'expression. Sécurité électronique. La longueur du sourire doit être comprise entre une valeur minima (top soit strictement inférieur soit strictement supérieur à ces valeurs secrètes et fluctuantes en fonction de l'actualité diffusée par les journaux télévisés des chaînes officielles fera l'objet d'une procédure de contrôle. Procédure automatique d'abord puis personnalisée s'il y a lieu.

« des caméras surveillent votre sécurité et la circulation automobile »
Mandelieu juillet 2006

-  Je n'aime pas être traité à égalité avec la circulation automobile. Même pour ma sécurité.
Vérification d'usage : Ceinture et braguette : ok. Temps de cerveau disponible : faible ! Alerte rouge : Il est urgent que cet individu procède à un lavage télévisuel … Vitesse : relativement lente ; l'individu marche le nez en l'air… Courbure automatique de la nuque enclenchée…

-  L'existence du hiatus révèle les dysfonctionnements sécuritaires. Si la parole bégaie que peut-on attendre d'une caméra ? même de surveillance ?

-  Quand verrons-nous apparaître dans nos rues la caméra tolérance zéro ? Couplée avec une arme automatique ! Comportement suspect décelé : feu ! La Police Municipale intervient ensuite pour les constatations d'usage.

© Patrick Joquel
déambulations, inédit 007

 

 

 

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