« J'ai été un spectateur assidu de spectacles sportifs »
Julien Gracq
« A partir d'un endroit de lui-même qui lui serait inaccessible autrement »
Henry Miller
« En Pologne, c'est-à-dire nulle part »
Alfred Jarry
Gruppetto
Aujourd'hui ça sent le « Gruppetto »
On s'lève doucement
On laisse partir les autres
On s'organise, un peu
On évite soigneusement tout projet ambitieux
Disons un poème simple, en vers libres, pour amoureux de la petite reine
On s'fatigue pas
On s'fait un peu chier
On pourrait pas faire mieux de toute façon
Ouais, ça sent le « Gruppetto »
Y a plus qu'à arriver dans les délais
Pip ou pop ? (suggestions pour la création d'une rubrique réaliste p.69 dans ELLE)
| Egorger des cochons dans sa cave, c'est pip |
L'actionnisme viennois à L'Escarène, c'est pop
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Se doper pour aller chercher le courrier, c'est pip
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Nice-Perpignan à vélo, c'est pop |
| Les radars mobiles dans l'escalier de secours, c'est pip |
L'impasse des couillons aux Stes Maries de la mer, c'est pop
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Remplir le cahier de texte électronique, c'est pip
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Corriger des copies sur le trône, c'est pop |
Etre Pompidolien, c'est pip
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Les cornes de Sarkozy, c'est pop
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| Parler comme Malraux qui lit comme De Gaulle, c'est pip |
Hemingway qui écrit debout, c'est pop
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| La fille aux yeux menthe à l'eau, c'est pip |
Le tremblement des mains dans l'alcoolisme, c'est pop
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| Mademoiselle Agnès, c'est pip, pip, pip |
M. Arnaud qui dit à Nelly « Va te faire Sautet ! », c'est pop
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| La pouf, c'est pip |
Le Pape, c'est pop
|
| La pipe, c'est pip aussi |
Le Pope, c'est pop aussi |
Assise derrière son bureau I
Assise derrière son bureau
Elle écrit
Faisant grincer sa chaise en virtuose
Comme Glenn Gould
Chaque jour est un chapitre
Les yeux tendus vers le point final
Je le vois bien à travers l'entrebâillement de la porte
Sa chaise se tait quand elle relit, c'est bien
Je préfère me couper les ongles des pieds en silence.
Assise derrière son bureau II
Elle écrit tous les jours
Je brouillonne tous les mois
Et j'attends les vacances.
J'ai tout ce qu'il faut
J'ai tout ce qu'il faut
L'encre, le papier, et la gomme
J'ai même les crayons de couleurs
Dans le fond résonne pour moi une musique sacrée
A côté un bon vin tempéré
Le fauteuil en cuir, les coussins d'huile
Un Dali en fond d'écran
J'ai même posté mon loyer
C'est rare, il pleut dehors et j'ai toute une journée
Qu'est-ce que j'attends pour m'y mettre ?
Je suis un lâche
Je suis un lâche
J'aperçois le monde se cacher dans le placard
Je tiédis, je chauffe, je brûle
Mais je n'ouvre pas la porte.
Je suis un menteur
C'est faux !
Puisque je vous le dis.
Mezzo e Otto
Fellini a fait un film sur le tombeau d'un autre film
Il n'avait pas le choix
Le vent se lève et j'écris un texte sur rien
Pour que, dans mes tiroirs, les morts reposent en paix
A la Civette
Le fond de l'air est bleu
La machine à café joue des crécelles
Un cahier est posé sur la table
Comme Dali mes souliers sont serrés
Je regarde les filles passer
Le supermarché
J'ai donné des noms aux allées du supermarché
Et depuis, ça sent le poisson sur le Grand Boulevard
La fromagère fait du racolage passif, on la laisse faire
On cache des cadavres dans les surgelés
On vote chez le poissonnier
J'ai renversé le pouvoir de la caissière
Pianoman
Sa photo est dans le journal
Il a tout oublié, dit-on
Sauf la troisième de Rachma
Et un impromptu de Schubert
Moi je n'ai rien oublié
Sauf les impromptus de Schubert
Et même quelques fugues de Bach.
La liseuse à la table jaune
Avez-vous déjà vu la liseuse de Matisse ?
Savez-vous ce qu'elle lit ?
Avez-vous déjà lu le dormeur du val ?
Savez-vous ce qu'il rêve ?
Avez-vous déjà tu la plus belle des images ?
Savez-vous ce que cela fait ?
Les portes
J'ouvre les yeux
J'ouvre la porte de ma chambre
J'ouvre la porte des toilettes
J'ouvre un magazine féminin
J'ouvre la porte de la cuisine
J'ouvre la porte du placard
J'ouvre le volet de la machine à café
J'ouvre la boîte à café
J'ouvre le frigo
J'ouvre le beurre
J'ouvre la porte du salon
J'ouvre ma messagerie
J'ouvre la porte de la salle de bains
J'ouvre le robinet d'eau froide
J'ouvre le robine d'eau chaude
J'ouvre le shampooing
J'ouvre la serviette
J'ouvre l'armoire
J'ouvre mon caleçon
J'ouvre ma mallette
J'ouvre ma bibliothèque
J'ouvre la porte d'entrée
J'ouvre la porte de l'ascenseur
J'ouvre la porte du garage
J'ouvre la porte de la voiture
J'ouvre la fenêtre de la voiture
J'ouvre la radio
J'ouvre la porte du collège
J'ouvre la salle des profs
J'ouvre la porte de mon casier
J'ouvre le battant de la photocopieuse
J'ouvre la porte de me classe
J'ouvre ma bouche (pour qu'ils se taisent)
Ahasverou, promeneur moderne
Je suis un condamné
De la mer méditerranée au Monastère de Cimiez
Je marche le long du caniveau
Le soleil ouvre des tranchées
Et les entrailles de la ville ne fleurent pas l'huile d'olive
L'existence précède l'essence
Mais on attend le tramway
Le sac en plastique I
Tu caches ma tête dans un sac en plastique
Et tu me dis
Que comme ça, je pourrais faire la couv de Têtu
Que je pourrais emballer si je voulais
On n'est pas si mal dans un sac en plastique
La lumière passe quand même.
Le sac en plastique II
Ne me parle pas ce soir
J'ai passé la journée dans un sac en plastique
Voltaire
Dans mon fauteuil Voltaire
Je ne suis pas la moitié d'un con
La rue où je suis né
L'autre jour à la télé,
J'ai vu la rue où je suis né
Eh bien ? me direz-vous
Eh bien, en vrai, c'est plus beau qu'à la télé
L'autre soir,
Je suis retourné dans la rue où je suis né
Eh bien ? m'avez-vous dit
Eh bien, la clinique est maintenant une poissonnerie
Rue Debussy
Je suis allé rue Debussy
Pour trouver un kiosque à musique
Je suis allé rue Paradis
Aussi
Le Regina
Kafka a son château
Moi j'ai le Regina
Non, ce n'est pas ridicule.
Le facteur nissart
« Je suis facteur » qu'il me dit. « J'aime bien le jaune » et il rigole tout en faisant tourner son Ricard sur le zinc, assez élégamment je dois dire, le pied du verre bien calé entre l'index et le majeur. « Et vous postez quoi ces derniers temps ? » le taquine-je. Le barman me prévient qu'il ne rit qu'à ses propres blagues. « Tu attends quelqu'un ? » qu'il me demande. Le facteur nissart tutoie tout le monde. « J'attends ma femme. On doit avoir une discussion sérieuse. Paraît qu'elle baise avec le facteur. » Le barman retient un rire. Le facteur vide alors son verre et le lui tend : « Fifi, au lieu de rigoler comme une paillassou, ravitaille, et pas une momie cette fois. » J'en fais autant et le barman me ressert un lait-framboise. « J'ai préféré m'affranchir de l'alcool, c'est peu recommandé pour garder les idées claires, je préfère me poster derrière le comptoir avec un lait-frambroise. Mon père buvait beaucoup, ça l'a rendu timbré. Il a passé les derniers mois de sa vie enveloppé dans la robe de mariée de ma mère. » Je le regarde en souriant. « Fifi, c'est qui ce gamin ? Commence à me casser les couilles. » Le barman hoche les épaules.
« Dites-moi, vous qui êtes dans le métier vous devez savoir. J'ai lu quelque part que les femmes écrivent plus de lettres que les hommes. Vous pouvez confirmer ? Pensez-vous que l'on puisse tirer un parti sociologique de cet état de fait ? Ce n'est pas tous les jours que l'on a sous la main un homme de votre expérience, rompu aux questions de l'épistolaire »
- Mais qué j'en ai à foutre ? Qu'est-ce tu m'emboucanes avec tes questions à la con. Tu me fais un ulcère tu me fais.
- Je me disais que vous aviez choisi ce métier par goût de la communication, de la transmission. C'est vrai que les facteurs parlent plusieurs langues ?
- Bon, Fifi, je me casse, ‘me fait raquer. J'ai pas vu un con pareil depuis 68.
Le facteur bondit du tabouret, remet sa casquette et se dirige vers la sortie. Une fois arrivé sur le pas de la porte, il met un point final à notre charmante discussion : « Communiste ! »
Le grenier
Ici les maisons ont des toits plats
Sur lesquels les chats ne glissent pas
C'est dans la cave que nos mères cachent
Leurs vieilles lettres d'amour
Je rêve parfois de pays où il neige
Pour mettre mes trésors tout en haut
Dans le grenier
Non
Oui
Non
Oui ?
Non
OH ! Oui quand même !
Non
Allez un petit oui
Non
Hmm… Oui ?
Non non
… euh
Non non et non
Le film du dimanche soir I
La télé vide son chargeur sur le mur du salon
La voisine s'endort sur le canapé
Elle a déjà vu le film du dimanche soir
Le film du dimanche soir II
Je me rappelle que, petit, j'adorais le film du dimanche soir
Je regardais le début en me brossant les dents
Et je volais la fin, en apnée
Caché derrière le grand canapé brun.
Chansonnette
à tous ceux qui ont déjà écrit en 52 secondes
Poète des mégots et du sang
Finis ton verre de kérosène
Et décolle ton cul du divan
Poète rouillé des barres d'acier
Mets ton scaphandre à caniveau
Et que roule à l'agonie des vers brûlants de barbelés
Poète serpent des canons à électrons
La nuit t'attend au bord des vices
Pour partager ami-ami sa plus fraîche salade d'étrons
Poète trahi par les vivants
Que ton accordéon fétide crache du souffre
Aux couennes tremblantes des amants
Poète fiancé des pissenlits
Que l'on suce tes chants aux bouches des charognes
Et qu'enfin vienne le soir de la dernière sortie.
L'invitation au voyage
A LFC
Encore toi !
Va-t-en !
Tu tombes très mal
C'est pas un jour à m'emmerder
Barre-toi !
Barre-toi je te dis
Y a rien à voir
Qu'est-ce que tu cherches ?
De la poésie ?
Tu tombes très mal
De toutes manières l'époque n'est pas à la poésie
Et puis tout ça n'est pas pour toi
Qu'est-ce que t'as à attendre comme ça ?
T'as rien d'autre à foutre ?
Y a pas quelqu'un qui t'attend quelque part ?
C'est pas l'heure de ton feuilleton préféré ?
T'as pas des amis à la con qui connaissent des tours de
magie ?
Dis-moi, tu joues à quoi là ?
Tu reviens du musée Grévin ?
Tu promulgues publiquement l'immobilité ?
Tu sais que t'es ridicule comme ça ?
Allez, casse-toi, je vais me mettre en colère
Passe ton chemin, referme ce livre
C'est terminé la gentille lecture sous les pins parasols
Oublie la poésie
Contente-toi de ton horoscope
Fouineur ascendant parasite deuxième des cons
Allez vire, ripe, balance
Dégage !
Justice immanente
Qu'on le chope, qu'on le chope ce salaud et que s'abatte sur lui dans l'intimité de mon esprit le bras vengeur de la justice immanente
Qu'on le chope et qu'on le noie dans une boue brûlante, qu'on le traîne derrière un camion roumain au moteur mal réglé carburant au venin dans les culs-de-sac de la banlieue Villeurbannaise jusqu'à ce que son menton ait muté en caniveau irrégulier, que ses morceaux de chair arrachés pendant la course se roulent dans le goudron fondu de l'été et laissent derrière le cortège comme une constellation d'étrons
Qu'on asperge ses plaies d'acide moisi, qu'on le taillade de long en large, qu'on le dépèce consciencieusement à l'économe dans des vapeurs de lacrymogène tout en écoutant une version hongroise de Y'a de la joie chantée par un tirailleur de l'armée Turque
Qu'on lâche deux hordes de chevaux sur son presque-cadavre, l'une dansant l'amble sur sa rate et l'autre au galop sur son crâne préalablement fourré au nid de frelons
Qu'on le démembre ingénieusement en faisant passer son corps dans une grille d'égouts, qu'on utilise un tracteur si les omoplates résistent
Que ses yeux hurlent sous des cataractes de crachats et qu'on les pique de travers comme des olives obèses pour les offrir en apéritif à des chauves-souris affamées.
Qu'on tranche ses oreilles et qu'on en fasse deux escalopes rances panées avec la sciure refroidie de ses rotules pilées, qu'on enfourne le tout dans la bouche d'un lépreux et que, sur une walkyrie bancale jouée à l'envers par un orchestre de pompes à vélo et de sani-broyeurs, il les vomisse en cascade de bile perlée de morceaux comme sculptés par un épileptique dans un bol tapissé de chiures de rats
Qu'on emballe ses restes dans un linceul noir tressé de ronces rouillées, qu'ils reposent quelques heures dans une salle climatisée aux souffles des enfers et qu'on dépose le trophée sur le tombeau de sa mère entre les pissenlits rongés par les scorpions et le cadavre sans sépulture de son père
Que sa femme accouche pendant son deuil de triplés borgne, bossu et boiteux, qu'on les prive de dessert à vie, que l'on accroche au plafond des posters de leur père après le traitement, qu'il soit la source de tous leurs cauchemars, qu'ils se demandent qui est l'ordonnateur de tout ça et qu'à leur réveil, les yeux entrouverts sur le plafond, ils doutent d'être revenus à la réalité
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Mademoiselle Agnès (le compromis)
N'avez-vous jamais eu envie
D'étouffer Mademoiselle Agnès
Avec une écharpe « vintage » tendance « Patchwork de la vie »
D'un suave camaïeu de rouge-Féria-sang refroidi ?
Allez ! Peut-être pas à chaque apparition
Il y a des jours où l'on peut supporter ça
Mais tout de même
Elle vous a bien agacé une fois, une vraie fois
Ce jour-là, vous avez changé de chaîne
Vous préférez étouffer le scandale
Jouer la carte de l'indifférence.
Et si, pour changer et pour trouver un compromis,
Mademoiselle Agnès
Défilait
En silence et sur le parvis de Carrefour
Parée d'une mousseline de plumes sur un décolleté de goudron.
Notes pour un roman avorté avant le troisième mois
Quelque chose avait tourné dans les yeux de Jeanne. Ce n'était encore que le battement d'ailes d'un papillon mais je ne pouvais nier que quelque chose avait changé. Jeanne faisait tout en douceur et c'était comme si elle s'éloignait tout doucement de moi...fff... Et puis merde !